mardi 11 octobre 2016

John Zorn & Milford Graves @ Village Vanguard, dimanche 9 octobre 2016

En ce dimanche après-midi, John Zorn inaugure une résidence mensuelle au Village Vanguard. L'occasion pour moi de le voir dans un contexte assez différent des précédents concerts auxquels j'ai pu assister : dans l'intimité d'un club (123 personnes maximum indique un panneau sur le mur à côté du bar), loin des grandes salles européennes (théâtre antique de Vienne, Auditori de Barcelone, Fondation Gulbekian à Lisbonne, Théâtre du Châtelet, Cité de la Musique, Salle Pleyel et Grande Halle de la Villette à Paris). L'occasion également d'entendre le saxophoniste et l'improvisateur, non le compositeur et catalyseur d'énergies. L'occasion, enfin, de se rappeler tout ce qu'il doit à la tradition du jazz, même si sa musique ne s'y est jamais résumée.

A ses côtés, un batteur historique du free jazz et de ses marges, accueilli sur Tzadik il y a quelques années pour deux disques en solo. La batterie de Milford Graves a la particularité d'intégrer des percussions des traditions africaines et afro-caraïbéennes, non pas comme un complément à côté, mais en son sein, parmi les toms plus traditionnels de la batterie jazz. Du coup, il donne des couleurs très particulières à son jeu, entre free jazz, rituel afro-cubain et fantôme du bop.

Le concert s'organise autour d'une série d'échange en duos (des morceaux relativement ramassés, loin des improvisations au long cours qu'on pourrait attendre) et de quelques solos de chacun (deux pour le batteur, un pour le saxophoniste). Cela démarre comme on pourrait s'y attendre, avec un discours très dense, Zorn partant d'emblée de jeu en respiration circulaire. Pourtant, il ne faudrait pas penser que tout n'est qu'urgence et vivacité dans cette musique. La mélodie s'invite souvent, héritée du hard bop ou aux relents masadiens. Les couleurs afro-caraïbes de la batterie de Milford Graves accentuent l'aspect voyageur du concert, notamment lors de son premier solo où il psalmodie en même temps quelques mots aux consonances africaines. On croirait assister à un rituel santeria. En une heure, les deux musiciens parcourt ainsi l'héritage commun du free jazz tout en y injectant chacun leurs particularités. On ne voit pas le temps passer, et à la fin on aurait bien aimé un peu de rab !

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