mercredi 1 août 2018

Nova Quartet / Asmodeus @ Fundação Calouste Gulbekian, lundi 30 juillet 2018

Deux groupes, un même programme en ce lundi soir : les Bagatelles, corpus de 300 morceaux que Zorn a composés récemment et dont il a confié l’interprétation à différents groupes, à la manière de ce qu’il avait fait avec le Book of Angels. On retrouve d’ailleurs sur scène deux formations qui ont chacune enregistré un volume du songbook de Masada. J’ai déjà détaillé la démarche à l’occasion d’un précédent concert à Vienne il y a deux ans où le Nova Quartet officiait également. Et comme je le notais, cette musique fonctionne particulièrement bien avec ce groupe. Il permet de faire ressortir toute la diversité de ce nouveau répertoire, chaque morceau semblant avoir une identité différente. Il y en a des assez abstraits, jouant sur l’atonalité et les breaks rythmiques, d’autres qui laissent au contraire monter un groove imparable. La plupart commence par un solo d’un des musiciens, à tour de rôle selon les morceaux. D’abord Kenny Wollesen (vibraphone) en introduction du concert, puis John Medeski (piano) qui installe les bases d’un morceau particulièrement soulful sur le deuxième, ou encore Trevor Dunn (contrebasse) qui démontre ses qualités de jazzman presque straight. Ce véritable « postmodern jazz quartet » est complété par l’inusable Joey Baron à la batterie, à l’aise dans tous les contextes rythmiques, ce qui est particulièrement bienvenu sur un répertoire aussi varié. Avec son line up de fidèles d’entre les fidèles, la connexion a l’écriture de Zorn semble une évidence pour ce groupe, ce qui permet d’en effacer les coutures parfois trop apparentes avec d’autres ensembles. Les morceaux ont ainsi un déroulé très organique, plein de feeling et sans gimmick apparent. Effaçant ainsi la frontière entre interprétation et incarnation de la musique.

Trevor Dunn troque la contrebasse pour la basse électrique et est rejoint par Marc Ribot (guitare) et Kenny Grohowski (batterie) pour la seconde partie du concert. Pour l’occasion Zorn est également sur scène pour diriger les musiciens. Contraste saisissant avec la première partie, il ne s’agit plus ici de s’approprier les morceaux, mais il faut réagir au quart de tour aux indications du compositeur venu « jouer » de l’orchestre. Intensité des interventions, breaks, solos, la partition ne semble qu’indicative ici, il vaut mieux garder un œil sur les gestes précis de Zorn. Cela a toujours un caractère impressionnant tant il semble que le déroulé des morceaux serait complètement différent sans cela, mais cela a aussi l’inconvénient d’empêcher une appropriation pleine et entière, limitant un peu le registre des interventions des trois musiciens. Du coup, le répertoire semble moins varié qu’en première partie, insistant sur la dimension loud rock permise par l’instrumentation et sur le zapping rythmique incessant imposé par Zorn. Il faut alors voir cela comme un autre regard porté sur un même matériau, démontrant la grande plasticité de ces Bagatelles, prétexte à des formes d’interprétation totalement différentes.

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