samedi 8 août 2026

Ches Smith’s Clone Row @ Fundação Calouste Gulbenkian, vendredi 7 août 2026

Un concert en demi-teinte, pour tout dire. Des musiciens pourtant grandement appréciés, mais quand la musique n’est pas aussi « géniale » que celle à laquelle ils nous ont habitués, la déception pointe le bout de son nez. Sur le papier, le quartet assemblé par Ches Smith (batterie, vibraphone) avait pourtant tout pour me plaire, avec la présence de Nick Dunston à la contrebasse et Liberty Ellman et Mary Halvorson aux guitares. Mais le parti pris esthétique du leader pour ce groupe m’a laissé un peu dubitatif par moment. La première impression a été peut-être trop décisive, mais je suis resté de marbre, comme extérieur à la musique, lors du premier morceau. Comme pour la majorité des morceaux du concert, Ches Smith commence par lancer une sorte de boîte à rythme digitale aux sonorités peu plaisantes, qu’il complète par son jeu percussif à la batterie et au vibraphone, changeant régulièrement d’instrument sans du coup laisser le temps à un discours véritablement construit de se déployer. Ses acolytes entrent progressivement en jeu, mais sans donner l’impression que le morceau n’aille véritablement quelque part. Ça ressemble alors à un exercice de style assez vain. Le deuxième morceau me rassure, me laissant penser que le premier n’était peut-être qu’un tour de chauffe avant l’entrée dans le vif du sujet. La complémentarité des deux guitares fait son effet, dans un jeu de course poursuite aux multiples distorsions qu’on attend forcément vues les forces en présence. Pourtant, la suite du concert fait resurgir les doutes face à ce qui semble être un choix esthétique assumé, mais qui ne me parle pas. Les beats digitaux lancés par Ches Smith et les interventions de Nick Dunston à l’aide d’une sorte de joystick pour retraiter les sons émis par ses partenaires font trop écran pour moi et m’empêchent de rentrer pleinement dans la musique. Je ne suis pas contre par principe l’intervention d’éléments électroniques dans un cadre improvisé, comme les concerts des deux précédents soirs l’ont illustré à merveille, mais cette fois-ci j’ai le sentiment que la sauce ne prend pas complètement et les morceaux me donnent l’impression de faire du sur place. 


La seconde partie de concert corrige heureusement un peu le tir, et les quatre/cinq derniers morceaux me parlent plus. Peut-être que je m’habitue à la musique et que je suis capable d’aller y chercher les éléments qui me plaisent le plus. Ce sont surtout les deux guitaristes qui, à ce jeu-là, me réjouissent et semblent décider à faire décoller les morceaux par leur capacité à prendre le discours à leur compte et donner enfin le sentiment que la musique « avance ». Ches Smith, aussi, prend plus le temps, au vibraphone ou à la batterie, mais pas aux deux simultanément, et propose un discours qui semble plus construit. On retrouve ainsi sa réjouissante capacité à propulser un morceau tout en maintenant des breaks qui relancent constamment l’attention. Ça décolle enfin ! Dommage qu’il ait fallu attendre 45 minutes… ce qui est trop long pour dissiper complètement le goût d’inachevé à la sortie du concert. Je me demande si le cadre du concert - en plein air - ne faisait pas lui aussi un peu écran. C’est une musique qui demanderait peut-être à être écoutée dans un espace plus restreint, debout, le corps prêt à répondre à une démarche plus centrée sur le rythme que sur les mélodies ou les harmonies. Tout n’était heureusement pas à jeter, mais mes attentes étaient peut-être trop fortes, et je n’ai pas pu me défaire de ce léger goût de déception, au final. 

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