samedi 19 septembre 2026

The Necks @ Palác Akropolis, jeudi 17 septembre 2026

Premier concert depuis que je suis redevenu praguois, en début de mois. Avec l’ambition d’être plus productif dans mes compte-rendus de concerts que lors de mon premier séjour dans la capitale tchèque (2016-2022), certes marqué par une activité très réduite les dernières années en raison de la pandémie. Un seul concert chroniqué ainsi en 2021… mais c’était aussi le seul vu cette année-là. J’ai retrouvé un rythme plus régulier de parution depuis mon retour à Paris, que j’essaierai de maintenir pour les mois et années à venir. Afin de parler un peu de la scène tchèque, comme des artistes internationaux de passage. Et pour ce premier concert, ça commence down under avec les Australiens de The Necks. 

Ce n’est que la deuxième fois que je les vois en concert, après un passage dans le cadre de Banlieues Bleues en 2014. Après près de quarante ans de carrière (le trio s’est formé en 1987), leur réputation n’est plus à faire. Et leur approche de la musique semble immuablement la même : des morceaux au long cours, qui donnent l’impression, à première vue, de faire du sur-place, mais qui évoluent néanmoins subrepticement, au fur et à mesure, gagnant en densité de manière très maîtrisée, si bien que ce n’est qu’à la fin du morceau qu’on se rend vraiment compte du chemin parcouru. Ce concert praguois n’a pas fait exception à la règle : ils ont joué deux sets, soit deux morceaux d’une petite heure chacun. 


Le premier commence avec Chris Abrahams qui pose un simple motif au piano, courte mélodie vaguement naïve, un peu à la manière de Satie, répétée encore et encore. Il est vite rejoint par Lloyd Swanton à la contrebasse qui complète le discours harmonique du pianiste par quelques incises boisées. Le début du morceau n’est ainsi qu’un duo, et il faudra attendre un moment certain pour que Tony Buck se décide à frapper ses peaux et rejoindre ses acolytes afin de vraiment commencer l’inéluctable crescendo qui fait se mouvoir la musique de The Necks vers un horizon marqué du sceau de la densité du son. Car, en effet, il ne s’agit pas tant d’un crescendo rythmique, la vitesse du morceau reste assez semblable du début a la fin, que d’un sentiment de présence de plus en plus enveloppante de la musique, comme si les motifs répétitifs étaient là pour nous hypnotiser et qu’à force on se retrouvait au cœur du trio, comme sur scène, sans n’avoir pour autant quitté sa chaise. 

Même approche, mais avec quelques différences, pour le deuxième set. Cette fois-ci c’est à Tony Buck que revient l’honneur d'ouvrir le morceau par un motif répétitif qui le parcourra tout du long. Comme lors du premier set, Lloyd Swanton alterne les passages en pizzicato et à l’archet, et lors de ces derniers, la combinaison de la paire rythmique donne parfois l’impression de vrombir tel un drone. A tel point qu’on se demande parfois s’il n’y a pas quelque instrument caché tellement le son ne semble pas simplement venir d’un trio piano, basse, batterie. S’il n’est pas là pour déployer de longues chevauchées improvisées, Chris Abrahams semble un peu plus libre de s’affranchir d’un motif unique sur ce deuxième morceau, ce qui lui permet d’apporter de légères variations qui participent à l’intérêt de leur performance : au sein d’un cadre esthétique bien défini, les combinaisons différentes que les trois musiciens s’autorisent permettent de garder toute sa fraîcheur à leur musique. Et les deux sets de ce concert praguois, par les rôles inversés de Chris Abrahams et de Tony Buck entre les deux parties, l’auront démontré de fort belle manière.