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jeudi 6 août 2026

The Sleep Of Reason Produces Monsters @ Fundação Calouste Gulbenkian, mercredi 5 août 2026

Avec un tel nom, emprunté au titre d’une célèbre eau-forte de Goya, il ne faut pas s’attendre à un déroulé tranquille et linéaire. TSORPM commence ainsi à fond, par une furieuse explosion sonore où le sax alto de Mette Rasmussen et la trompette piccolo de Gabriele Mitelli produisent un hymne puissant à l’unisson, alors que Lukas König frappe de tout son poids sur sa batterie et que Mariam Rezaei prépare encore sa platine. Elle les rejoint rapidement pour “perturber” encore un peu plus le son produit à l’aide de scratches agressifs qui s’immiscent comme un virus sonore dans le son des instruments traditionnels. Ce quartet européen (une Danoise, un Italien, un Autrichien et une Anglaise) emmêle et démêle les genres, mais plutôt ceux sur la frange la plus extrême des musiques de notre temps : free jazz, illbient, punk, noise. Pourtant, tout n’est pas que bruit, et on se surprend à plus d’un tour à être entraîné par cette capacité qu’ils ont, l’air de rien, à ménager des montées en tension inexorables, à soutenir un rythme lourd qui fait hocher la tête mécaniquement, à déployer des mélodies “hymniesques” servies par la folle énergie des souffleurs. Le son des instruments acoustiques est amplifié, déstructuré, recomposé, perturbé, complété par divers dispositifs synthétiques. Outre les platines, Mariam Rezaei dispose d’un laptop devant elle. Gabriele Mitelli alterne entre trompette sur le devant de la scène et machines quand il vient s’installer aux côtés de la turntablist en fond de scène. Lukas König triture aussi une bass station et des synthés modulaires. Seule Mette Rasmussen se “contente” de son saxophone, si ce n’est un chapelet de clochettes qu’elle agite en fin de concert. 


Plus d’une fois, la sonorité de Gabriele Mitelli me fait penser à celle de Rob Mazurek. Ils partagent une même approche, où des mélodies puissantes déroulées à la trompette répondent à un tapis rythmique synthétique extrêmement dense. On n’est ainsi pas surpris d’apprendre qu’ils ont enregistré un disque ensemble, paru sur le label portugais Clean Feed. Des quatre musiciens présents ce soir, c’était le seul que je n’avais encore jamais vu sur scène. Mette Rasmussen et Mariam Rezaei faisaient partie du Fire! Orchestra de Mats Gustafsson vu sur scène en novembre dernier lors du Jazzfest Berlin. Quand à Lukas König, je l’avais découvert au sein de Kompost 3 à Saalfelden en 2015, avant de le revoir à deux reprises à Prague avec 5K HD (les mêmes que Kompost 3 plus la chanteuse Mira Lu Kovacs pour des chansons electro-pop-jazz de belle facture) et enfin en soutien de Moor Mother à Sons d’hiver en 2023. Un éclectisme musical encore élargi avec sa participation a TSORPM. 

Leur concert lisboète se tient d’une traite. 80 minutes d’un flot musical ininterrompu. Les registres varient néanmoins, chacun ne joue pas en continu, et les passages puissants a tutti alternent avec des plages plus sereines, qui soit mettent en valeur un soliste particulier (et à ce jeu-là, on apprécie surtout la profondeur de chant sprirituelle dont est capable le sax alto de Mette Rasmussen), soit créent des moments de répit où les sons synthétiques prennent le pas sur les instruments plus traditionnels pour déployer des plages ambient destinées à préparer la prochaine prise d’assaut sonore. Il y a tellement de moments intenses dans leur set, qu’on leur pardonne finalement facilement les quelques longueurs de-ci de-là qui s’immiscent dans leur musique. Le public ne se laisse ainsi pas prier pour leur réserver une standing ovation dès que la dernière note résonne dans le cadre enchanteur des jardins de la fondation Gulbenkian. Très peu de défections en cours de route, pour une musique qui n’est pourtant pas faite pour toutes les oreilles. Le public de Jazz em Agosto est habitué aux propositions aventureuses, et je me réjouis d’en faire partie pour une quatrième fois, après mes venues en 2013, 2018 et 2019.