dimanche 29 avril 2007

Grupa Palotaï @ Studio de l'Ermitage, mercredi 25 avril 2007

Cela faisait quelque temps (un an ?) que je ne les avais pas vus sur scène. Ce qui commençait à faire beaucoup pour un groupe déjà vu un certain nombre de fois ces trois-quatre dernières années. La sortie de leur troisième album (Singapore, chez BMC) était un excellent prétexte pour y replonger. Les nouveaux morceaux ont un caractère plus ostensiblement pop, mêlant rock circus et jazz cartoon. On y croise des cowboys de BD et des samouraïs à la Tarantino. L'influence downtown des débuts laisse désormais une large place à une esthétique festive très française, qu'on retrouve chez Rigolus ou le Sacre du Tympan (Thomas de Pourquery et Rémi Sciuto tiennent toujours les saxos). Far West et extrême-orient comme horizons imaginaires, avec toujours un ancrage réel dans les mélodies de la Hongrie natale de Csaba Palotaï. Et en rappel une superlative version d'Esperanto Expresso avec des solos de Rémi Sciuto et de Csaba inoubliables.

Dave Douglas Keystone Sextet @ New Morning, lundi 23 avril 2007

Le trompettiste américain s'aventure en terrain groove avec Gene Lake (ex-Five Elements) à la batterie, Brad Jones à la basse, Adam Benjamin aux claviers, Marcus Strickland au ténor et DJ Olive aux platines. On est loin des ambiances chambristes habituelles de Dave Douglas. Semi-déception lors du premier set : j'étais trop sur le côté et le son n'était pas idéal, avec des cuivres prenant trop le pas sur la rythmique. Après recentrage à la pause, le deuxième set a en revanche été très prenant. Un groove implacable, juste perturbé ce qu'il faut par les effets du clavier et des platines, et le phrasé magnifique du leader par dessus. Une musique puissante, engagée et engageante, sur un répertoire entièrement renouvelé par rapport au disque du groupe sorti en 2005. Un son très new-yorkais, qui allie dans un même élan le goût de la danse et l'exigeance d'une écriture finement ciselée. Il fallait bien quelqu'un de la trempe de Dave Douglas pour habiter pleinement une musique si ambitieuse et accessible.

mercredi 18 avril 2007

Abdullah Ibrahim @ Cité de la Musique, mardi 17 avril 2007

Le pianiste Sud-Africain se produisait hier soir en solo dans la belle salle de la Villette. Grande générosité musicale (deux longues suites d'une heure chacune plus un rappel fourni) et sens de l'espace, du temps et de la respiration allaient de paire. La maîtrise de la lenteur, du silence et des harmonies majestueuses, donnaient un caractère particulièrement spirituel à ses compositions, enchaînées les unes aux autres. Quand la main gauche entamait les changements d'harmonies, signes d'un passage de témoin d'un morceaux à l'autre, la main droite poursuivait les variations autour de la mélodie initiale. Éternels retours, notamment du délicieusement mélancolique Blue Bolero, au cours des plus de deux heures de concert. Citations également, en forme de clin d'œil à Monk, de source constamment renouvelée à la fontaine de jouvence du Duke. Mélodies populaires du pays zoulou, qui chantent l'espoir et respirent la paix retrouvée, comme une aube naissante sur les grandes étendues majestueuses de l'Afrique australe. Tourbillons au ralenti dans ce jeu aux multiples miroirs et reflets à la teinte décidément très bleue. L'esprit se perd, se retrouve soudainement en un lieu familier, voyage. Pour finir apaisé, convaincu d'avoir touché du doigt ce que les sages appellent la sérénité.

samedi 17 mars 2007

Marc Ribot's Ceramic Dog @ La Dynamo, mardi 13 mars 2007

Premier concert pour moi cette année dans le cadre du festival Banlieues Bleues. Marc Ribot y présentait son nouveau trio - très rock - avec le bassiste Shazhad Ismaily et la batteur Ches Smith. Une énergie folle, une puissance de feu réellement inouïe, et mine de rien des ambiances parcourues relativement nombreuses : du punk à la poésie beat, de rythmes latinos transfigurés à un folk déglingué, avec même des passages dansants quasi disco ! Le guitariste new-yorkais était en grande forme, poussé par un son de basse entêtant, très sec, et une batterie qui claque de manière très particulière, avec des sonorités souvent métalliques. Les morceaux originaux alternaient avec des reprises diverses et variées : Joe Bataan cotoyant Wilson Picket, la poésie d'Emilio Cubiero les mots de Ribot lui-même. Dans ce registre - comme dans bien d'autres - la guitare de Ribot fait des merveilles, déchire l'obscurité de la manière la plus incisive qui soit, dérape de façon toujours très contrôlée, ou encore se joue des répétitions et des changements soudain de direction. On était certes assez loin du jazz au sens strict, mais un tel concert, qui prend aux tripes de bout en bout, ne pourra que laisser un grand souvenir.

Sylvie Courvoisier & Mark Feldman @ Théâtre de l'Onde, dimanche 11 mars 2007

Un peu moins d'un an après le Sunside déjà en duo, et à peine quelques mois après les passages de Sylvie Courvoisier en solo au Centre culturel suisse (novembre) et en trio avec Ellery Eskelin et Vincent Courtois au Triton (janvier), la pianiste suisse et le violoniste américain se produisaient dans le cadre très détendu des dimanches de l'Onde à Vélizy (collation offerte, et l'occasion de discuter un peu avec Sylvie après le concert). La première partie du concert s'est, une nouvelle fois, organisée autour de compositions de John Zorn extraites du Book of Angels, le second songbook de Masada. Par la suite, les deux musiciens nous ont proposé leurs propres compositions. Dans les deux cas la complicité - des regards, des sourires, de la musique - est l'élément essentiel de leur comportement. Les territoires abordés sont moins abruptes, moins bruitistes, que lors des précédents concerts de la Suissesse évoqués plus haut. Et pourtant, au détour d'un passage au lyrisme quasi romantique, on retrouve l'attachement des deux improvisateurs aux bruits impromptus de la nature ou de la ville. Même si, pour l'occasion, les bagages n'avaient pas suivi et que Sylvie se retrouvait sans ses ustensiles habituels lui servant à explorer l'intérieur du piano. Se jouer des contraintes pour imposer sa liberté : défi amplement relevé, malgré tout, et avec une vraie maestria.