samedi 7 février 2026

Jeremiah Chiu / Anna Butterss / SML @ Théâtre de la Cité Internationale, vendredi 6 février 2026

Quatrième soirée, et dernière pour mois cette année, dans le cadre du festival Sons d'hiver. Sous l'intitulé Los Angeles Sound System, le festival programme trois propositions inédites en France. Des artistes dont les disques sont sortis sur International Anthem, le label américain basé à Chicago à qui l'on doit notamment la découverte de Jaimie Branch ou d'Irreversible Entanglements, ou l'enregistrement des plus récents disques de l'Exploding Star Orchestra de Rob Mazurek ou de groupes menés par Jeff Parker. Le guitariste de Tortoise fait le lien entre la Windy City et la cité des anges. S'il a été un pilier des scènes jazz et post-rock des rives du lac Michigan pendant plus de vingt ans, il s'est relocalisé sur la côte Pacifique il y a maintenant une dizaine d'années. C'est dans un club de la ville, le Enfield Tennis Academy, qu'il a tenu une résidence tous les lundis soirs, entre 2016 et 2023, pour y jouer avec un quartet composé de musiciens locaux : le saxophoniste Josh Johnson, la bassiste Anna Butterss et le batteur Jay Bellerose. Deux disques enregistrés live en témoignent, dont le deuxième publié par International Anthem (The Way Out of Easy, 2024). Autour de ce groupe et de ce club (désormais fermé), une communauté de musiciens aux préoccupations esthétiques communes a commencé à émerger. Ce sont eux que l'on retrouve sur la scène du Théâtre de la Cité Internationale pour cette soirée inédite. Anna Butterss indiquera même que c'est la première fois que son groupe joue en dehors des Etats-Unis.


En introduction, Jeremiah Chiu est seul sur scène avec ses synthétiseurs modulaires. Pendant une trentaine de minutes, il produit une musique au rythme régulier à l'aide de différents sons synthétiques en tournant quelques boutons sur ses machines. Visuellement il ne se passe pas grand chose, mais les boucles rythmiques hypnotisent et les modulations permettent à cette musique de ne pas faire du surplace. Une manière d'introduction aux deux groupes suivants, qui s'inscrivent eux aussi dans un goût prononcé pour les boucles rythmiques issues des musiques électroniques. 


De sa fréquentation du quartet de Jeff Parker, la bassiste australienne Anna Butterss a conservé un goût pour des morceaux au long cours, qui se déploient sur des rythmiques obsédantes, au-delà des genres bien définis. Il y a des éléments post-rock, jazz, électro, mais surtout un feeling constant qui donne l'impression d'une plongée dans un atelier de création en action devant nos oreilles. La section rythmique qu'elle forme avec le batteur Ben Lumsdaine est au coeur de la musique. A eux deux, ils maitiennent constant un groove downtempo autour duquel la guitare de Gregory Uhlmann et le saxophone alto de Josh Johnson enroulent leurs interventions filtrées à l'aide de multiples pédales d'effets. J'avais bien aimé le disque de ce groupe, publié par International Anthem en 2024, Mighty Vertebrate, et, si l'on retrouve la même esthétique en concert, les morceaux semblent étendus sur la durée, combinés entre eux, ce qui donne l'impression d'un flux sonore permanent qui nous enveloppe et nous transporte. On n'est jamais loin d'une forme d'hypnose. C'est très prenant en live.


Après la pause, on retrouve peu ou prou les mêmes musiciens. Le groupe SML (pour Small, Medium, Large) comprend en effet Jemeriah Chiu aux synthétiseurs, Anna Butterss à la basse, Josh Johnson au saxophone et Gregory Uhlmann à la guitare. Seul le batteur, Booker Stardrum, n'était pas encore intervenu sur scène. Si l'esthétique reste au-delà des genres, fusion contemporaine d'électro, de jazz, de rock, l'énergie mise par les musiciens fait sonner la musique différemment. Beaucoup plus uptempo que le groupe précédent, on passe ici de l'hypnose à la transe. Le batteur, notamment, me fait grosse impression, donnant l'impression de concasser le rythme constamment en complément des beats synthétiques produits par Jemeriah Chiu. Rythmique tendue qui démultiplie le groove, avec la basse obsédante d'Anna Butterss pour assurer le hochement de tête régulier. Comme dans le précédent groupe, Josh Johnson passe le son de son saxophone au filtre de multiples pédales, crée des boucles à l'aide d'un sampler, et cherche plus à créer des climats qu'à jouer des solos. Il se fond dans la masse sonore du groupe, comme le guitariste, y ajoutant des couches visant à densifier encore un peu plus le propos. On a beau être confortablement assis dans son fauteuil, il est impossible de rester stoïque face à un tel déferlement de beats puissants, proche de l'ambiance d'une rave party. Merci au festival Sons d'hiver d'avoir permis de voir ces musiciens pour la première fois sur scène à Paris. En espérant qu'il y aura d'autres occasions.

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