Suite à une discussion sur les femmes dans le jazz sur le forum de Citizen Jazz, nous étions plusieurs à nous retrouver pour le concert de la jeune pianiste canadienne Kris Davis en duo avec le contrebassiste autrichien Peter Herbert samedi soir aux 7 Lézards. Double découverte à vrai dire puisque le contrebassiste, bien que plus âgé, n'avait jusqu'à là pas encore atteint mes oreilles.
Le concert s'est déroulé en deux sets avec trois morceaux chacun, répartis équitablement entre pièces totalement improvisées (deux lors du premier set, une lors du second), compositions de Kris Davis (une dans chaque set) et reprise de Footprints de Wayne Shorter (en ouverture du second set). Dans les pièces improvisées, Peter Herbert mène le discours. Il est le plus intéressant, le plus varié dans sa technique comme dans ses sonorités. C'est lui qui maintient le suspens et la surprise sur ce qui va suivre, quand la pianiste a parfois un peu de mal à sortir de phrases qui semblent toutes faites. On sent qu'elle cherche à développer un discours en cohérence avec son partenaire d'un soir. S'il y a quelques beaux passages, quand elle prend le temps de dérouler sa musique en de longues phrases au développement lent, la plupart du temps elle se perd un peu dans des séquences saccadées dont l'originalité n'est pas la caractéristique première. Peter Herbert, lui, use de tous les possibles offerts par son instrument : en pizzicato ou à l'archet, bien entendu, mais également en tapotant ou en frottant le bois de sa contrebasse, ou en distordant les cordes à l'aide de bâtonnets ou de pinces à linge. Dans sa démarche, il m'évoque souvent Joëlle Léandre.
Lors des morceaux plus structurés - ses propres compositions ou celle de Shorter - Kris Davis semble plus à l'aise, plus libre - paradoxalement - de développer un jeu original. L'aide d'une rythmique préétablie lui permet de jouer autour, dans des phrases aux accents monkiens sur 35 cents (au cours du premier set) ou au déroulement plus contemporain ailleurs. Le contrebassiste reste dans la même optique que lors des pièces improvisées, apportant une dimension un peu hors cadre à la musique jouée qui offre un intéressant contrepoint au jeu de la pianiste. Dans ce cadre, on sent plus d'interaction entre les deux musiciens, comme si les repères offerts par la musique leur permettaient d'être plus à l'écoute l'un de l'autre, leur ôtant la préoccupation du "quoi dire ?" solitaire.
lundi 21 août 2006
Emmanuel Dongala - A Love Supreme @ Le Tarmac, vendredi 18 août 2006
J'étais vendredi soir au Tarmac de la Villette pour la pièce sur Coltrane adaptée d'une nouvelle de l'écrivain congolais Emmanuel Dongala extraite de son recueil Jazz et vin de palme. Elle y est donnée dans ce petit théâtre jusqu'au 9 septembre. Vu le monde qu'il y avait vendredi, il est conseillé de réserver, et d'arriver un peu en avance.
Le metteur en scène, Luc Clémentin, a eu la bonne idée de transformer la salle du Tarmac en un club de jazz, avec tables, chaises et bar face à un trio composé de Sébastien Jarrousse aux saxes, Jean-Daniel Botta à la contrebasse et Olivier Robin à la batterie. Le public, nombreux, participe ainsi à l'ambiance de la pièce. Derrière le bar, Adama Adepoju dit le texte qui s'apparente plus à un dialogue avec les souvenirs de la musique de Coltrane qu'à un monologue. La langue est belle. Simple, directe, sans fioriture, mais néanmoins soutenue. On sent et entend le plaisir qu'a l'acteur à faire claquer les mots d'Emmanuel Dongala. Rien que pour ça, la pièce mérite le détour. Mais, comme en plus il y a une évocation juste et sensible de la musique de celui qui, tout au long de la pièce, n'est désigné qu'à travers ses initiales ô combien lourdes de sens, JC, la représentation nous fait le plaisir d'ajouter le fond à la forme.
A la lecture des critiques dans la presse, j'avais eu un peu peur. Non qu'elles aient été mauvaises, bien au contraire, mais la plupart insistaient sur la dimension politique de la musique de Coltrane. J'avais craint qu'un lourd contresens affadisse le propos. Mais, il n'en est rien. L'erreur vient de la presse et non de l'auteur. Si le narrateur est un militant politique - jeune africain émigré aux Etats-Unis qui se passionne pour le Black Power - il prend bien soin d'indiquer, quand il en arrive à parler politique à la fin de la pièce, le caractère un peu vain de sa récupération de la musique du Trane. Il est étrange que les commentateurs aient retenu ce passage, pas bien long, plutôt que l'évocation pleine de passion de la recherche musicale de JC - que la narrateur raconte en se remémorant ses rencontres avec le saxophoniste - ou l'émotion que procure la nouvelle de la mort de JC sur la narrateur et ses amis. C'est en effet dans ces passages que le texte d'Emmanuel Dongala est profondément juste et témoigne d'un véritable amour de la musique et de la personne de Coltrane. La rencontre du narrateur et de sa petite amie sur fond d'In A Sentimental Mood, les sifflets face aux trop longs solos de JC lors d'un concert au début des années 60, le choc de la première écoute d'A Love Supreme dans un club new-yorkais, la prière d'Alabama - la seule pièce explicitement "politique" de toute l'oeuvre de JC - en mémoire de quatre petites filles noires assassinées à Birmingham, ou encore la stupeur de la terrible nouvelle en ce chaud mois de juillet 67, tout sonne particulièrement juste dans la bouche d'Adama Adepoju.
Le trio qui accompagne le comédien joue de nombreux thèmes de Coltrane tout au long de la pièce. Parfois en développant les morceaux, à d'autres moments en n'en citant qu'un passage. Parfois en surimpression aux paroles d'Adama Adepoju, à d'autres moments dans un contexte de concert. Mention spéciale à Olivier Robin qui fait entendre un bel écho aux orages superbes d'Elvin Jones. L'espace laissé aux mots au milieu de la musique - et non l'inverse, riche idée - a le charme de l'irrégularité, ce qui rend le déroulé de l'heure que dure la pièce particulièrement naturel.
Le metteur en scène, Luc Clémentin, a eu la bonne idée de transformer la salle du Tarmac en un club de jazz, avec tables, chaises et bar face à un trio composé de Sébastien Jarrousse aux saxes, Jean-Daniel Botta à la contrebasse et Olivier Robin à la batterie. Le public, nombreux, participe ainsi à l'ambiance de la pièce. Derrière le bar, Adama Adepoju dit le texte qui s'apparente plus à un dialogue avec les souvenirs de la musique de Coltrane qu'à un monologue. La langue est belle. Simple, directe, sans fioriture, mais néanmoins soutenue. On sent et entend le plaisir qu'a l'acteur à faire claquer les mots d'Emmanuel Dongala. Rien que pour ça, la pièce mérite le détour. Mais, comme en plus il y a une évocation juste et sensible de la musique de celui qui, tout au long de la pièce, n'est désigné qu'à travers ses initiales ô combien lourdes de sens, JC, la représentation nous fait le plaisir d'ajouter le fond à la forme.
A la lecture des critiques dans la presse, j'avais eu un peu peur. Non qu'elles aient été mauvaises, bien au contraire, mais la plupart insistaient sur la dimension politique de la musique de Coltrane. J'avais craint qu'un lourd contresens affadisse le propos. Mais, il n'en est rien. L'erreur vient de la presse et non de l'auteur. Si le narrateur est un militant politique - jeune africain émigré aux Etats-Unis qui se passionne pour le Black Power - il prend bien soin d'indiquer, quand il en arrive à parler politique à la fin de la pièce, le caractère un peu vain de sa récupération de la musique du Trane. Il est étrange que les commentateurs aient retenu ce passage, pas bien long, plutôt que l'évocation pleine de passion de la recherche musicale de JC - que la narrateur raconte en se remémorant ses rencontres avec le saxophoniste - ou l'émotion que procure la nouvelle de la mort de JC sur la narrateur et ses amis. C'est en effet dans ces passages que le texte d'Emmanuel Dongala est profondément juste et témoigne d'un véritable amour de la musique et de la personne de Coltrane. La rencontre du narrateur et de sa petite amie sur fond d'In A Sentimental Mood, les sifflets face aux trop longs solos de JC lors d'un concert au début des années 60, le choc de la première écoute d'A Love Supreme dans un club new-yorkais, la prière d'Alabama - la seule pièce explicitement "politique" de toute l'oeuvre de JC - en mémoire de quatre petites filles noires assassinées à Birmingham, ou encore la stupeur de la terrible nouvelle en ce chaud mois de juillet 67, tout sonne particulièrement juste dans la bouche d'Adama Adepoju.
Le trio qui accompagne le comédien joue de nombreux thèmes de Coltrane tout au long de la pièce. Parfois en développant les morceaux, à d'autres moments en n'en citant qu'un passage. Parfois en surimpression aux paroles d'Adama Adepoju, à d'autres moments dans un contexte de concert. Mention spéciale à Olivier Robin qui fait entendre un bel écho aux orages superbes d'Elvin Jones. L'espace laissé aux mots au milieu de la musique - et non l'inverse, riche idée - a le charme de l'irrégularité, ce qui rend le déroulé de l'heure que dure la pièce particulièrement naturel.
dimanche 13 août 2006
Steve Potts @ Les 7 Lézards, jeudi 10 août 2006
Il y a longtemps que je me dis qu'il faudrait que j'aille assister à un concert de Steve Potts aux 7 Lézards, une salle où il est régulièrement programmé depuis des années. Mais, la régularité de la programmation avait justement eu, jusque là, raison de mon envie, préférant "garder" un tel concert pour une période de creux dans mon agenda musical. Le mois d'août a au moins cela de bien que je n'avais plus d'excuse valable pour reculer une nouvelle fois mon rendez-vous avec le saxophoniste américain, parisien depuis 1970. J'étais donc aux 7 Lézards jeudi soir.
Pour l'occasion, Steve Potts se produisait en quintet "de luxe" accompagné par Sophia Domancich au piano, Michel Edelin à la flûte, Bruno Rousselet à la contrebasse et Simon Goubert à la batterie. Une belle affiche qui rend d'autant plus incompréhensible le faible nombre de spectateurs présents ce soir-là : treize pour le premier set et... quatre pour le second (il est vrai après le dernier métro).
Malgré cette désolante absence de foule, les musiciens n'ont visiblement pas caché leur plaisir de jouer ensemble, sur un répertoire varié, allant d'ambiances caraïbes à des marches militaires, d'envolées lyriques de Steve Potts à l'alto et au soprano à d'appaisants solos de flûte de Michel Edelin, de séries d'accords spirituels de Sophia Domancich au piano à une explosion de rythmes divers offerte par Simon Goubert.
Les influences de Steve Potts sont variées, comme en témoigne le nombre de terrains musicaux explorés lors du concert, mais on ne peut s'empêcher de penser à son frère d'armes pendant de si nombreuses années, surtout quand il s'empare du soprano, le regretté Steve Lacy. Eric Dolphy, de l'alto du leader à la flûte d'Edelin, pointe aussi régulièrement le bout de son nez.
La présence précieuse du couple Domancich-Goubert apporte une belle ampleur dans l'expression musicale du groupe. Aussi à l'aise dans le répertoire "classique" du jazz que dans les explorations hors cadre, ils maintiennent constamment le groupe dans ce bel équilibre instable entre charme des repères et beauté de l'inattendu.
Ils méritent plus qu'une dizaine de spectateurs... alors guetter leurs prochaines dates !
Pour l'occasion, Steve Potts se produisait en quintet "de luxe" accompagné par Sophia Domancich au piano, Michel Edelin à la flûte, Bruno Rousselet à la contrebasse et Simon Goubert à la batterie. Une belle affiche qui rend d'autant plus incompréhensible le faible nombre de spectateurs présents ce soir-là : treize pour le premier set et... quatre pour le second (il est vrai après le dernier métro).
Malgré cette désolante absence de foule, les musiciens n'ont visiblement pas caché leur plaisir de jouer ensemble, sur un répertoire varié, allant d'ambiances caraïbes à des marches militaires, d'envolées lyriques de Steve Potts à l'alto et au soprano à d'appaisants solos de flûte de Michel Edelin, de séries d'accords spirituels de Sophia Domancich au piano à une explosion de rythmes divers offerte par Simon Goubert.
Les influences de Steve Potts sont variées, comme en témoigne le nombre de terrains musicaux explorés lors du concert, mais on ne peut s'empêcher de penser à son frère d'armes pendant de si nombreuses années, surtout quand il s'empare du soprano, le regretté Steve Lacy. Eric Dolphy, de l'alto du leader à la flûte d'Edelin, pointe aussi régulièrement le bout de son nez.
La présence précieuse du couple Domancich-Goubert apporte une belle ampleur dans l'expression musicale du groupe. Aussi à l'aise dans le répertoire "classique" du jazz que dans les explorations hors cadre, ils maintiennent constamment le groupe dans ce bel équilibre instable entre charme des repères et beauté de l'inattendu.
Ils méritent plus qu'une dizaine de spectateurs... alors guetter leurs prochaines dates !
lundi 31 juillet 2006
Belmondo & Yusef Lateef / Ahmad Jamal Trio @ Parc Floral, samedi 29 juillet 2006
Samedi, dernière excursion au Parc Floral dans le cadre du Paris Jazz Festival pour moi cette année. En première partie, les frères Belmondo poursuivaient leur collaboration avec Yusef Lateef, mais dans le cadre resserré du sextet cette fois-ci (contrairement à leur concert d'octobre dernier). La rythmique était assurée par Laurent Fickelson au piano, Sylvain Romano à la contrebasse et Dré Pallemaerts à la batterie. Devant, Yusef Lateef, au sax ténor, hautbois et diverses flûtes, était entouré par Stéphane (trompette, bugle, euphonium) et Lionel Belmondo (saxes ténor et soprano, flûtes). L'absence de l'orchestre de vents qui les accompagnait à l'automne dernier modifie sensiblement la musique proposée. On est plus proche d'un combo jazz des années 60 que de l'approche très "third stream" qu'ils ont développé jusque là. Les solos se répartissent assez équitablement entre les trois souffleurs et le pianiste. Stéphane Belmondo, par sa sonorité immédiatement incisive, engagée et puissante, se distingue tout particulièrement. Son frère est moins flamboyant dans ses interventions, concentrant peut-être ses efforts sur la conduite et l'arrangement de l'ensemble - même si c'est moins explicite à six qu'à treize. Lateef, lui, utilise surtout des flûtes provenant de traditions musicales extra-occidentales, jouant sur le contraste de la douceur et des stridences. Quand il empoigne son sax ténor, son souffle ne cherche pas à tenir la note, mais plutôt à gronder comme un preacher, comme pour insufler plus de profondeur à sa voix au sein de l'orchestre. Il chante également sur un morceau, Sometimes I feel like a motherless child, qui ressemble étrangement plus à une prière pleine d'espoir qu'à un blues déchirant. A l'arrière du groupe Laurent Fickelson et Dré Pallemaerts sont particulièrement inspirés. Le drumming sans esbrouffe du batteur belge m'enchante particulièrement, notamment quand il frappe ses peaux à mains nues. Il n'est en rien démonstratif, mais sait être terriblement musical et efficace. Si la couleur singulière que donne l'ensemble au complet garde une saveur particulière, cette prestation en sextet - sur un répertoire largement renouvelé - avait donc également son charme.
En deuxième partie, Ahmad Jamal se produisait à la tête de son trio au long cours composé de James Cammack à la contrebasse et Idriss Muhammad à la batterie. Musique somme toute assez peu référencée, très personnelle, au déroulement mélodique faussement hachée, soutenu par un groove constant de la main gauche en harmonie parfaite avec les lignes de basse (jusque dans les nombreux silences). Jamal s'arrête régulièrement, reprend sans crier gare, se lève, jette en vrac quelques idées sur le piano, et pourtant le fil musical n'est en rien décousu. Les silences qu'il s'impose entrent pleinement dans la composition de sa musique. Les passages en trio, en duo, en solo alternent sans aucun systématisme, juste selon le goût de l'instant. Idriss Muhammad donne parfois une couleur africaine à ses interventions qui rend la sonorité d'ensemble particulièrement chaleureuse. Le style Jamal au piano est unique, mais nullement uniforme. Les explosions rythmiques délicieusement balancées succèdent aux fines mélodies égrénées avec délicatesse, la complexité harmonique laisse place à des accords naïfs, signes de ponctuation d'un langage très imagé. Plaisir et vivacité sont les maîtres mots de ce concert qui conclut agréablement une saison jazz au Parc Floral, que je n'aurai fréquenté que modérément cette année.
En deuxième partie, Ahmad Jamal se produisait à la tête de son trio au long cours composé de James Cammack à la contrebasse et Idriss Muhammad à la batterie. Musique somme toute assez peu référencée, très personnelle, au déroulement mélodique faussement hachée, soutenu par un groove constant de la main gauche en harmonie parfaite avec les lignes de basse (jusque dans les nombreux silences). Jamal s'arrête régulièrement, reprend sans crier gare, se lève, jette en vrac quelques idées sur le piano, et pourtant le fil musical n'est en rien décousu. Les silences qu'il s'impose entrent pleinement dans la composition de sa musique. Les passages en trio, en duo, en solo alternent sans aucun systématisme, juste selon le goût de l'instant. Idriss Muhammad donne parfois une couleur africaine à ses interventions qui rend la sonorité d'ensemble particulièrement chaleureuse. Le style Jamal au piano est unique, mais nullement uniforme. Les explosions rythmiques délicieusement balancées succèdent aux fines mélodies égrénées avec délicatesse, la complexité harmonique laisse place à des accords naïfs, signes de ponctuation d'un langage très imagé. Plaisir et vivacité sont les maîtres mots de ce concert qui conclut agréablement une saison jazz au Parc Floral, que je n'aurai fréquenté que modérément cette année.
lundi 24 juillet 2006
Bojan Z Trio / Kenny Garrett @ Parc Floral, dimanche 23 juillet 2006
Vous ai-je déjà parlé de Bojan Z ? Ah oui, un peu, visiblement. N-ième concert du pianiste bosniaque auquel j'assiste (à ce niveau, je ne compte plus), et toujours un bon gros plaisir à l'entendre. Il se produisait en trio, avec la même formule qu'à Banlieues Bleues au printemps dernier, à savoir Rémi Vignolo à la contrebasse et Ari Hoenig à la batterie. L'évolution électrique et plus directement noire-américaine ressentie lors de ses plus récents concerts éclatait au grand jour - en plein air et face à un public très nombreux - avec un répertoire puisant essentiellement dans celui de son dernier disque en date, Xenophonia (que je n'ai pas encore acheté - mais déjà écouté, hum...). J'ai aussi enfin l'explication concernant le troisième clavier, aux sons trafiqués, grâce à un entretien paru récemment dans Jazzman. Bojan appelle ça un "xenophone". Il s'agit d'un Fender Rhodes qu'il a modifié afin qu'il produise "des sons étranges, des sons étrangers, une musique d'étranger", avec une texture plus proche d'une guitare rock que d'un piano électrique. La maîtrise simultanée des trois claviers (grand piano, rhodes et xenophone donc) est devenue vraiment magnifique, offrant une nouvelle couleur au répertoire de Bojan qui, s'il reste identifiable, évolue vers de nouvelles sonorités. L'intégration des éléments balkaniques traditionnels à sa musique est moins folklorique que jamais, devenue éléments de son propre langage pianistique, aux côtés de son goût pour les ambiances rock et une source jazz, blues, funk, voire classique, toujours renouvelée. L'évolution s'entend parfaitement avec son morceau Cd-Rom, thème de conclusion désormais habituel de ses concerts. J'aime bien ce principe, d'ailleurs, d'un thème identifiable, joué à chaque fois, un peu à la manière du Fire Theme de Steve Coleman. C'est un excellent moyen d'approcher l'évolution du musicien. Pour l'occasion, Bojan a proposé des développements inédits sur l'ensemble de ses claviers - avec souvent une main sur le piano et l'autre sur un instrument électrique - avant d'en venir à la sautillante et joyeuse secousse finale. Pour marquer cette approche plus rock dans l'esprit, le rappel a d'ailleurs été l'occasion pour le trio de faire entendre une version un rien planante d'Ashes to ashes de Bowie, "contrepied-de-nez" stylistique au déferlement des arpèges balkaniques de Cd-Rom. Entre ruptures et continuités, beau concert en tout cas.
La seconde partie était assurée par Kenny Garrett, qui fait partie de toute une génération et un style de musiciens américains apparus dans les années 80 que je connais mal et qui ne m'a jamais vraiment emballé pour ce que j'ai pu en entendre. Confirmation, malheureusement, avec ce concert. Si on excepte une belle suite en trois mouvements autour de thèmes folkloriques japonais et coréens jouée au soprano avec juste l'accompagnement de Benito Gonzalez au piano, le concert ne fut pas bien passionnant. La sonorisation n'aidait pas, il faut dire, avec une contrebasse et une grosse caisse qui occupaient tout l'espace sonique, à un point proche de la saturation parfois, le tout agrémenté de quelques vilains larsen. Bizarrement, ça n'a pas semblé gêner les ingénieurs du son ni les musiciens. Au-delà de la musique, ce qu'il y a d'assez insupportable à mon goût, en plus, c'est le côté show ultra-calibré, où on commande au public de taper dans ses mains, où on le fait chanter, se lever, sans aucune spontanéité. Impression de gâchis, au final, pour un musicien qui pourrait exploiter autrement son potentiel.
La seconde partie était assurée par Kenny Garrett, qui fait partie de toute une génération et un style de musiciens américains apparus dans les années 80 que je connais mal et qui ne m'a jamais vraiment emballé pour ce que j'ai pu en entendre. Confirmation, malheureusement, avec ce concert. Si on excepte une belle suite en trois mouvements autour de thèmes folkloriques japonais et coréens jouée au soprano avec juste l'accompagnement de Benito Gonzalez au piano, le concert ne fut pas bien passionnant. La sonorisation n'aidait pas, il faut dire, avec une contrebasse et une grosse caisse qui occupaient tout l'espace sonique, à un point proche de la saturation parfois, le tout agrémenté de quelques vilains larsen. Bizarrement, ça n'a pas semblé gêner les ingénieurs du son ni les musiciens. Au-delà de la musique, ce qu'il y a d'assez insupportable à mon goût, en plus, c'est le côté show ultra-calibré, où on commande au public de taper dans ses mains, où on le fait chanter, se lever, sans aucune spontanéité. Impression de gâchis, au final, pour un musicien qui pourrait exploiter autrement son potentiel.
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