jeudi 8 décembre 2005

Ari Hoenig Quartet @ Sunside, mercredi 7 décembre 2005

Yeah ! That's what I call jazz ! Concert absolument jouissif du quartet d'Ari Hoenig hier soir au Sunside. Il faut dire que pour l'occasion le batteur américain était entouré d'un groupe superlatif : Rémi Vignolo à la contrebasse, Julien Lourau aux saxes ténor et soprano et Bojan Zulfikarpasic au piano. En sept morceaux, deux rappels et deux heures de concert, ils nous ont proposé une déambulation à travers les diverses facettes du jazz, avec un enthousiasme et une joie de jouer communicatifs.

Le concert a commencé avec The Panther, une composition d'Ari Hoenig dans un style jazz moderne qui n'était pas sans évoquer Wayne Shorter. Lourau au sax soprano a rendu un bel hommage au maître, alors que le leader, le visage déformé par quelques grimaces à faire peur, alternait puissance et musicalité sur les toms. Le deuxième morceau était aussi signé Hoenig. C'était une toute nouvelle composition d'après ce qu'il a annoncé. Dans un esprit plus proche de Sonny Rollins cette fois-ci. Puissance et balancement mêlés, avec un Lourau au ténor désormais. Après une ballade, toujours de la main de Hoenig, duo Vignolo/Hoenig pour introduire le quatrième morceau à la dimension funk prenante, tendance blaxpoitation des 70s. Pour un peu on se serait cru dans Shaft, avec une contrebasse tenant le rôle de la guitare wah wah. Lourau s'est alors replongé quelques années en arrière, du temps où il dirigeait son Groove Gang. La température montait d'un cran dans la salle. Pour ne pas retomber ensuite, avec une impro blues, toujours autour d'une paire rythmique Vignolo/Hoenig idéalement pulsante. Bojan prenait des accords ancrés dans le delta, faisant pleurer son piano avec entrain. Après ces pièces signées du leader, hommage à Dizzy Gillespie avec une reprise de Con Alma délicieusement chaloupée. Les ambiances caraïbes font le bonheur de Julien Lourau, et il l'a démontré une nouvelle fois hier soir. Le concert s'est alors achevé sur une relecture du thème composé par Lourau pour L'évangile du cochon créole, un court métrage du réalisateur haïtien Michelange Quay. Pendant ce morceau, Ari Hoenig en a profité pour citer les musiciens qui l'accompagnaient, ce qui a permis à chacun de prendre des solos particulièrement imaginatifs : Lourau en percussionnant son sax (il en jouait sans souffler dedans), Bojan en s'autorisant quelques arpèges dont il a le secret, et Vignolo en étant accompagné par Ari Hoenig qui se servait du bois de la contrebasse comme percussion. Franc succès auprès du public, qui en a redemandé avec insistance. D'où deux rappels. Tout d'abord Four de Wayne Shorter, histoire d'apaiser les esprits, puis Hulio's Blues de Bojan Z histoire de les chauffer une dernière fois avant la séparation.

Au delà des thèmes, fort variés, joués, l'entente musicale et amicale entre les quarte musiciens faisait vraiment plaisir à voir et entendre. Bojan et Lourau n'en sont pas à leur première collaboration, loin de là. Depuis l'aventure Trash Corporation au début des 90s, ils se retrouvent régulièrement dans les groupes de l'un ou de l'autre, voire chez quelques prestigieux tiers (cf. le disque Mad Nomad(s) d'Henri Texier, Label Bleu, 1995). Leur complicité n'est plus à démontrer. Quant aux deux autres, si ça ne fait pas quinze ans qu'ils se connaissent, ils ont fait preuve eux aussi d'une belle concorde rythmique. L'ensemble était vraiment jouissif, agrémenté de clins d'œil et sourires de connivence, ce qui ne gâchait rien.

mardi 6 décembre 2005

La Campagnie des Musiques à Ouïr & Gabor Gado @ Studio de l'Ermitage, lundi 5 décembre 2005

La Campagnie des Musiques à Ouïr fêtait hier soir la sortie de son nouveau disque au Studio de l'Ermitage. Enregistré à Budapest pour le label BMC Records avec trois musiciens hongrois, il met en avant une nouvelle collaboration originale pour les trois campagnons après le groupe sud-africain Heavy Spirit, Yvette Horner ou encore Brigitte Fontaine (entre autres). Pour le concert d'hier soir, le guitariste Gabor Gado, qui participe à ce nouveau disque, était présent.

La Campagnie, ce sont trois musiciens décalés, entre mélodies populaires et jazz libertaire. Ils parlent de "jazz rural" pour définir leur musique. Denis Charolles tient la batterie, mais aussi le trombone, le clairon et même l'arrosoir. Christophe Monniot souffle à travers saxes alto et sopranino, mais chante et joue des claviers également. Fred Gastard, aux saxes basse et soprano ainsi qu'aux claviers, est désormais le troisième membre du groupe, en lieu et place de Rémi Sciuto. Valse musette et reggae font bon ménage, entre tango et free jazz, au sein du grand capharnaüm de la Campagnie. Difficilement définissable, il faut assister à un de leurs concerts pour comprendre leur musique. Entre joies simples et tourbillons frénétiques, ça pulse et danse joyeusement.

Après quelques morceaux à trois, ils ont donc été rejoints par Gabor Gado. A priori le style du Hongrois, très évanescent, onirique, qui étire les notes au possible, est radicalement opposé à celui de la Campagnie. Et pourtant, au bout de deux morceaux, ça fonctionne parfaitement. Gabor Gado instaure comme un élément liquide dans le jazz terrien du groupe normand.

Christophe Monniot est toujours aussi enthousiasmant au sax. Il a une manière bien à lui de mêler dans son jeu l'héritage free et un aspect constamment dansant à travers un jeu tourbillonnant, comme s'il était l'enfant caché de Nino Rota et Ornette Coleman. Son corps constamment en mouvement quand il souffle dans ses saxes accentue l'aspect entraînant de son jeu.

En environ deux heures, la Campagnie a proposé un excellent concert, peut-être plus strictement jazz qu'à l'accoutumée (malgré un reggae au milieu du concert et une valse pour conclure), avec moins de chants et plus de cuivres tournoyants, ce qui n'était pas pour me déplaire.